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Audience du 7 avril 2021 avec Matignon

mercredi 12 mai 2021

Le 7 avril nous avons été reçus en audience à distance par le cabinet du 1er ministre, suite à une demande concordant avec la visite de Jean Castex à Nîmes le 27 mars dernier, sur proposition de Christophe Boissier, directeur de l’école élémentaire Georges Bruguier à Nîmes.

Étaient présents :

- Valérie Baglin-Legoff (ex Dasen), conseillère éducation auprès de Matignon

- Thibault de Cacqueray, conseiller Matignon du pôle ministère de l’intérieur en charge des collectivités territoriales

- Philippe Maheu, Dasen du Gard

- Iulia Suc, cheffe de cabinet de la préfète du Gard

- Emmanuel Bois, secrétaire départemental FSU

- Dany Bénézet, co-secrétaire départemental SNUIPP-FSU

- Christophe Boissier, Dir école élémentaire G. Bruguier

Pour mémoire, depuis plusieurs années, la situation se dégrade beaucoup aux abords des établissements scolaires du Chemin Bas d’Avignon, à Nîmes, 5 écoles et le collège R. Rolland, réunissant à eux seuls près de 800 élèves.

Brève chronologie :

Janvier-février 2020 : impact de balle dans la salle d’études du collège + intrusions au niveau des parkings du collège,

14 Juin 2020 : mort d’Anis, ancien élève, dans un contexte de guerre de gangs,

4 décembre 2020 : intrusion dans les écoles Bruguier en présence des élèves, avec droit de retrait 3 jours et reconnaissance d’un accident de service,

En janvier 2021, agression du directeur de J. Moulin, Yohann Berthelot. Son agresseur le menace de lui « faire pire qu’à Samuel Paty ». Danger Grave et Imminent et droit de retrait de deux jours « arraché » au Dasen puis prolongé par les collègues.

La rectrice ne s’est pas déplacée pour soutenir les collègues qui ont appris seulement dans la presse son soutien. La question a été évacuée en quelques minutes lors d’un CHSCT académique.

Le 9 mars 2021 a eu lieu un CHSCTd extraordinaire, en présence du procureur de Nîmes, pour assurer aux collègues de l’action judiciaire sur l’agresseur du directeur menacé. Aucune annonce sur la lutte renforcée contre les trafiquants.

M. Tarbouriech ISST est venu à l’école Bruguier le 26 mars mais en rappelant que sa mission est surtout de veiller à la sécurité et la santé au travail et qu’il a 1 330 lieux de travail à surveiller. Il a donné rdv en visio aux collègues désireux d’avoir un entretien.

Ouverture de l’entretien à 17h :

Mme Baglin-Legoff ouvre le bal en présentant le pourquoi de l’entretien et nous donne la parole. Elle précise ne pas avoir de décisions à annoncer ce jour, qu’elle est là pour entendre les réalités du terrain afin que l’ensemble des politiques publiques puissent être pensées et placées au bon endroit.

Christophe Boissier décrit avec « netteté, précision et pugnacité », selon les autres interlocuteurs, les situations vécues, valables pour tous les établissements du quartier : violences quotidiennes et présences tout autour des écoles des trafiquants, revendeurs et de leurs « guetteurs », cris, intimidations des habitants, des élèves et des professionnels, intrusions dans les locaux scolaires, échange de billets au vu de tous, accroche des élèves à la sortie du collège pour des petites courses etc.

Il demande à ce que les garages du Portal (lieu de commerce illicite) et l’immeuble attenant à l’école soient rasés le plus rapidement possible. Il termine en demandant si l’état a les moyens à court terme de rendre à ce quartier sa place dans la République, à savoir, l’unité du territoire, l’égalité de l’offre des services publics, l’égalité des chances pour l’accès à l’école et le respect de la loi.

Nous insistons sur la très grande difficulté à faire cours à des élèves dont les parents ont rechigné à les amener à l’école par peur d’être « surveillés » par des dealers, ou qui ont eux-mêmes vécu sur le chemin de l’école une situation d’intimidation ou assisté à des trafics.

Dany Bénézet, pour le SNUIPP-FSU, décrit la façon dont les collègues ont été traités après chaque évènement dramatique de ces derniers mois, l’absence de coups de fils ou de visites dans les écoles suite aux agressions. Elle dénonce le manque d’humanité et d’attention de la part de la hiérarchie (Rectrice, Dasen), hormis l’IEN de circonscription. Les enseignants dans les écoles ont très mal perçu cette attitude de leur supérieur .

Emmanuel Bois insiste à nouveau sur l’urgence à agir : élèves et famille sont effrayés, intimidés quand ils se rendent à l’école ou au collège. Cela est nouveau dans le quartier.

Mme Baglin-Legoff répond que l’État a pleine conscience de nos problèmes, que cela est complexe et que par conséquent il faut que l’ensemble des acteurs se penchent sur les difficultés, et soient à l’écoute. Elle rappelle les actions de police menées, les actions de préventions et explique une nouvelle fois que ce sont les actions qui entraînent l’agitation. Que la politique de fermeté porte ses fruits et que la ville a rehaussé les grilles de l’école.

Mme Suc dit que la hausse de la délinquance est réelle, que la police est présente, avec 10 policiers supplémentaires nommés sur Nîmes récemment, que des CRS de la compagnie de Marseille sont en renfort dès que possible, en fonction de leurs priorités. Elle ajoute que, selon les services du ministère de l’intérieur, la stratégie du harcèlement porte ses fruits et que c’est pour cela qu’il y aurait un regain de violence chez les trafiquants. Elle précise que la ville s’est engagée à démolir les bâtiments du Portal et de l’immeuble mitoyen à l’école Bruguier dans le premier semestre 2021.

Christophe Boissier rétorque que l’on sait tout ça mais que le quotidien des enseignants et des personnels reste inchangé et que, vu le niveau de violence et d’emprise des trafiquants sur les abords des écoles, seule une présence policière durable, pour plusieurs mois, pourrait amener à réduire les problèmes.

Dany Bénézet ajoute la nécessité d’un travail social en amont, avec des médiateurs qui devraient être bien plus nombreux, pour ancrer le suivi et l’accompagnement dans le quartier après qu’auront été traités les problèmes premiers de violences.

Mme Baglin-Legoff affirme que le président de la république et le 1er ministre sont mobilisés sur le sujet de la mixité sociale, que les Contrats de Sécurité Intégrée ont un tel objectif et que cela passera par des écoles plus attractives, porteuses de projets… bref que, selon elle, l’État lutte au quotidien pour qu’il n’y ait pas de zones de non droit par un travail en cours, au niveau interministériel avec le garde des sceaux, les ministres de l’intérieur et de l’éducation nationale.

M. de Cacqueray évoque un « éventuel Contrat de Sécurité Intégré qui pourrait prévoir des renforts qui auraient vocation à rejoindre le quartier ». Il assure que le Comité Interministériel des Villes de fin janvier a abordé ces questions et a prévu la nomination de nouveaux médiateurs. Il s’engage à vérifier que la ville de Nîmes fait partie des villes concernées…

Mme Suc affirme qu’il y a eu une augmentation du nombre d’adultes relais dans le Gard depuis deux ans (mais elle n’a pas les chiffres !). Une meilleure coordination des intervenants rendra les dispositifs plus efficaces.

Mme Baglin-Legoff évoque aussi la mixité sociale à laquelle l’état est attaché pour la renforcer… les contrats de Sécurité vont aider à cela, on fait déjà beaucoup !

M. de Cacqueray assure que la préfecture est extrêmement mobilisée, Mme Baglin-Legoff indique que la DSDEN fait de son mieux pour communiquer (!)

Ils assurent être attentifs à l’évolution de ce quartier et interrogeront préfecture du Gard et DSDEN sur la mise en œuvre des CSI !

Après presqu’une heure d’échanges, nous sentons que Mme Baglin-Legoff va clore la conférence et Christophe Boissier l’interpelle une dernière fois en demandant si l’on peut espérer à court terme le règlement de l’insécurité autour de nos établissements.

Et là, silence, sidération, aucune réponse…

Nous ressortons de cet entretien extrêmement désappointés et à la fois indignés par une approche très technocratique des problèmes liés aux violences aux abords des écoles. L’urgence d’agir n’est pas prise en compte par les plus hauts conseillers de l’État et il semblerait qu’ils recherchent surtout à ne pas faire de vagues et à ne pas proposer de décisions qui pourraient mettre certains quartiers en ébullition.

Nous pouvons affirmer que restaurer rapidement des conditions sereines pour la scolarité des élèves dans le quartier du chemin bas d’Avignon n’est pas une priorité pour le gouvernement.

Emmanuel BOIS

Dany BÉNÉZET

Christophe BOISSIER

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